Plaies et cicatrisation en Afrique francophone

La prise en charge des plaies constitue un enjeu majeur de santé publique en Afrique subsaharienne.

De la formation à la constitution de pôles d’expertise

La prise en charge des plaies constitue un enjeu majeur de santé publique en Afrique subsaharienne. Plaies chroniques, pied diabétique, ulcères, escarres, brûlures ou maladies tropicales sont à l’origine de souffrances importantes, de complications parfois évitables et de conséquences humaines et socio-économiques considérables. À ces difficultés s’ajoutent le manque de professionnels spécifiquement formés, l’accès limité aux dispositifs médicaux et aux techniques spécialisées et, dans certaines régions, l’éloignement des structures de référence.

Face à ces constats, plusieurs initiatives complémentaires portées ou soutenues par la Société Française et Francophone des Plaies et Cicatrisation (SFFPC) et l’Université Numérique Francophone Mondiale (UNFM) contribuent progressivement à construire une véritable dynamique de formation et d’expertise en Afrique francophone.

Rendre la formation accessible au plus grand nombre

Initié en 2024, le programme d’e-formation « Plaies et Cicatrisation » constitue le premier niveau de cette démarche. Conçu avec le soutien du RAFT des Hôpitaux Universitaires de Genève, il propose gratuitement aux professionnels de santé francophones une formation scientifique structurée, accessible sur ordinateur ou téléphone et spécialement adaptée aux connexions internet à faible débit.

Les enseignements abordent les fondamentaux de la cicatrisation mais également l’organisation des soins, la douleur, les plaies vasculaires, le pied diabétique, les maladies tropicales, les escarres, les brûlures ou encore les plaies tumorales. Quiz, ressources pédagogiques et suivi des participants complètent ce dispositif qui a vocation à devenir une formation francophone de référence, particulièrement adaptée aux pays disposant de ressources limitées.

Passer des connaissances à la pratique

L’expérience menée au Bénin en octobre 2025 illustre la deuxième étape de cette stratégie. Après une première formation en e-learning, une mission associant experts français et béninois a permis de renforcer les compétences des professionnels par des ateliers pratiques, des cas cliniques et des démonstrations de soins et de pansements.

Organisée en lien étroit avec le ministère de la Santé, le Programme national de Soins Palliatifs et l’Association Béninoise de Soins Palliatifs, sous la direction du Pr Anthelme Agbodande, cette mission privilégiait notamment la formation de formateurs, afin que les compétences acquises puissent ensuite être transmises localement. L’accompagnement des équipes au sein même des unités de soins permet également d’inscrire la formation dans les réalités cliniques rencontrées quotidiennement.

Soutenir l’émergence de centres de référence

Au Cameroun, l’expérience du Centre de santé intégré créé à l’initiative du Dr Romain Soumele montre parallèlement l’importance de disposer de structures spécialisées. Ce centre accueille aujourd’hui environ 25 nouveaux patients atteints de plaies chroniques chaque mois et dispose de 40 lits d’hospitalisation. Il pratique notamment les pansements dirigés, la thérapie par pression négative et différentes techniques de greffe cutanée.

Son développement reste cependant confronté à des difficultés importantes : précarité des patients, ruptures d’approvisionnement en pansements, manque d’espace, absence de bloc opératoire suffisamment équipé et insuffisance des moyens de laboratoire et d’imagerie. Son ambition de devenir un centre de référence dans la prise en charge des plaies en Afrique souligne l’enjeu d’un accompagnement qui dépasse la seule formation et concerne également l’organisation et l’équipement des structures de soins.

Former un réseau de professionnels certifiés

En République démocratique du Congo, le projet COPIC CICA 2026, porté par la Société Congolaise des Plaies et Cicatrisation (SCPC), dirigée par le Pr Delphin Mavinga Phanzu, franchit une nouvelle étape. Il prévoit la formation et la certification de 15 binômes médecin-infirmier issus de 15 établissements de Kinshasa et du Kongo Central, avec l’objectif de constituer progressivement un pôle d’expertise puis un réseau national de professionnels spécialisés.

Le parcours associe plusieurs mois de formation théorique sur la plateforme de l’UNFM, validée par un certificat de suivi des 9 chapitres de cours, à une formation pratique intensive à Kimpese. Débridement, compression, thérapie par pression négative, greffes cutanées, prise en charge des plaies tropicales, études de cas et tournées cliniques permettront de confronter les connaissances acquises aux situations de terrain.

Au-delà de la certification individuelle des professionnels, l’ambition est de standardiser les pratiques, réduire les infections et les complications évitables et mettre en place un réseau de référence et de télé-expertise permettant aux professionnels de solliciter et de partager une expertise face aux situations complexes.

Une même ambition : construire une expertise locale durable

Ces différentes actions dessinent ainsi une stratégie commune : rendre le savoir accessible, renforcer les compétences pratiques, former des formateurs, soutenir les structures spécialisées et organiser des réseaux de professionnels capables de diffuser durablement leur expertise.

L’objectif n’est donc plus seulement de réaliser ponctuellement des formations en Afrique, mais de favoriser l’émergence d’une expertise africaine autonome en plaies et cicatrisation, adaptée aux réalités sanitaires, économiques et techniques de chaque pays.

En associant formation numérique, compagnonnage clinique, certification, télé-expertise et développement de centres de référence, cette démarche doit permettre à terme de constituer un réseau francophone de compétences en plaies et cicatrisation, au service d’une amélioration durable de la qualité des soins et de la prévention des complications évitables.

On voit désormais poindre un véritable modèle : e-formation → pratique sur le terrain → formation de formateurs → centres/pôles d’expertise → réseau et télé-expertise.

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