L’arrêté du 26 juin 2026 reconnaît explicitement la prévention, l’évaluation et le traitement de certaines plaies comme un domaine du rôle propre infirmier. Cette reconnaissance est importante, mais elle s’accompagne d’un périmètre précis, d’exclusions et d’une obligation d’orientation.
Une prise en charge qui ne se résume plus au pansement
Dans le champ autonome, la prise en charge infirmière d’une plaie comprend désormais bien davantage que la réalisation technique du pansement. Le texte autorise notamment :
- l’identification du type de plaie et de son mécanisme ;
- l’observation et la caractérisation du lit de la plaie ;
- la réalisation éventuelle d’une série d’images ;
- l’évaluation de la douleur et du retentissement fonctionnel ;
- la recherche de signes d’infection ou de dénutrition ;
- la prise en compte de l’équilibre glycémique et des traitements ;
- l’examen clinique du pied et de la jambe ;
- la palpation des pouls ;
- la recherche d’une neuropathie sensitive ;
- la vérification du statut vaccinal et du degré d’anticoagulation ;
- le nettoyage, la détersion mécanique et les soins cutanés ;
- la réalisation et la mesure de l’index de pression systolique ;
- la prévention des pressions et la mise en décharge ;
- la pose et la surveillance d’une compression en situation simple, sans modification de la force initialement prescrite ;
- la surveillance de l’évolution et l’adaptation du projet de soins.
Cette liste formalise un véritable bilan clinique infirmier de la plaie et de la personne. [1]
Quelles plaies peuvent relever du champ autonome ?
L’infirmier peut prendre en charge, dans son rôle propre, certaines plaies aiguës et chroniques. Le texte prévoit néanmoins des exclusions.
Pour les plaies chroniques, sortent notamment du périmètre autonome :
- la plaie du pied diabétique ;
- la plaie spécifique liée aux soins oncologiques ou à la radiothérapie ;
- la plaie qui s’aggrave ou ne cicatrise pas malgré les soins.
Pour les plaies aiguës, sont notamment exclues :
- la brûlure sur terrain à risque, dont celle de l’enfant de moins de trois ans ;
- la plaie post-chirurgicale ;
- la plaie pénétrante proche d’un orifice ou d’un axe vasculaire ;
- la plaie balistique ;
- la plaie du visage ;
- la plaie de la main, sauf dermabrasion superficielle sans trouble sensitif ou moteur. [2]
Ces exclusions ne signifient pas que l’infirmier ne peut plus intervenir. Elles signifient que la situation ne relève pas de son initiation autonome. Une évaluation médicale, une prescription ou une prise en charge coordonnée est alors nécessaire. Les soins post-opératoires, le traitement par pression négative et la compression en situation complexe figurent notamment dans le champ des soins réalisés sur prescription. [3]
Ce que l’infirmier peut prescrire
L’arrêté relatif aux prescriptions infirmières autorise la prescription et, selon les catégories, le renouvellement de plusieurs dispositifs nécessaires à la prévention et au traitement des plaies.
Il prévoit notamment :
- les supports de prévention et de traitement des escarres ;
- certains dispositifs de contention, à force de compression identique ;
- les compresses, sets, matériels de détersion et dispositifs de fixation ;
- les hydrocolloïdes, hydrocellulaires, alginates, hydrogels, hydrofibres et interfaces ;
- les pansements irrigo-absorbants, super-absorbants, à l’argent ou au charbon ;
- les produits hémostatiques et dispositifs de rapprochement cutané.
La prescription initiale des pansements et matériels visés est limitée à sept jours. Le texte autorise également certains sprays protecteurs, anesthésiques locaux non injectables et le nitrate d’argent faiblement dosé en cas d’hyperbourgeonnement. L’usage des antiseptiques est limité aux cinq premiers jours de certaines brûlures ou plaies traumatiques souillées, hors plaie du pied diabétique et à l’exclusion des produits contenant un antibiotique. [4]
La réévaluation devient une étape déterminante
L’enjeu n’est pas seulement de choisir un pansement, mais d’évaluer l’évolution obtenue. Une augmentation de la douleur, une extension de la plaie, une nécrose, des signes infectieux, une dégradation vasculaire, une altération de l’état général ou une absence d’évolution favorable doivent conduire à revoir le projet et à organiser le recours approprié.
Le choix d’un pansement doit rester fondé sur la nature de la plaie, la phase de cicatrisation, le niveau d’exsudat et l’état de la peau périlésionnelle. [5]
Une responsabilité clinique renforcée
L’autonomie reconnue suppose de pouvoir justifier :
- l’éligibilité de la plaie au champ autonome ;
- les données recueillies lors du bilan ;
- les objectifs du projet de soins ;
- les produits ou dispositifs prescrits ;
- l’évolution observée ;
- la décision de poursuivre, d’adapter ou d’orienter.
L’infirmier est personnellement responsable de ses décisions. Il doit également actualiser et perfectionner ses compétences afin de garantir la qualité et la sécurité des soins. [6] [7]
En conclusion
La réforme reconnaît une expertise infirmière en plaies et cicatrisation, mais elle ne crée pas une autonomie sans limites. La compétence professionnelle repose sur trois capacités indissociables : évaluer, traiter dans son périmètre et savoir orienter lorsqu’une situation dépasse ce périmètre.